AI Act et Digital Omnibus : ce qui change vraiment pour les entreprises en 2026
Le règlement 2026/1744 réécrit l'article 4 de l'AI Act et reporte l'annexe III à 2027. Ce qui reste obligatoire pour les PME et ETI en 2026.

Depuis le 27 juillet 2026, le règlement (UE) 2026/1744 — dit Digital Omnibus — a réécrit l'article 4 de l'AI Act et reporté une partie du calendrier. Beaucoup de dirigeants de PME et d'ETI françaises pilotent encore leur mise en conformité sur la version d'origine du texte, devenue obsolète sur plusieurs points clés. Voici ce qui reste obligatoire, ce qui a été assoupli, et ce qui a simplement changé de date.
Pourquoi cette mise à jour réglementaire compte pour les DAF, DRH et dirigeants
Depuis le 2 août 2026, les autorités nationales de surveillance disposent des pouvoirs de sanction prévus par l'AI Act. Cinq jours avant cette date charnière, le 27 juillet 2026, le règlement (UE) 2026/1744 est entré en vigueur et a modifié le texte que ces mêmes autorités doivent appliquer. Deux réformes qui se chevauchent à cinq jours d'intervalle, sur un texte déjà technique : le terrain est idéal pour que des guides publiés en mai ou en juin continuent de circuler avec un contenu périmé.
Ce n'est pas une hypothèse théorique. Plusieurs organismes de formation et cabinets qui communiquent sur l'AI Act depuis le printemps 2026 n'ont pas mis à jour leurs contenus depuis le Digital Omnibus. Ils continuent de présenter l'article 4 comme une obligation de résultat assortie d'une menace de sanction immédiate, alors que le texte en vigueur dit désormais autre chose. Pour une entreprise qui construit son plan de conformité sur cette base, la conséquence concrète est un mauvais calibrage de l'urgence : soit un excès de précipitation coûteux, soit — pire — une sous-estimation de ce qui reste réellement obligatoire.
En une phrase : le Digital Omnibus assouplit la formulation de l'obligation de littératie IA (article 4) et reporte à décembre 2027 les obligations les plus lourdes sur les systèmes à haut risque, mais ne supprime ni l'obligation de former ses équipes, ni les sanctions déjà applicables sur la transparence.
Ce que dit vraiment l'article 4 réécrit par le Digital Omnibus
Avant le 27 juillet 2026, l'article 4 imposait aux fournisseurs et déployeurs de systèmes d'IA de "garantir un niveau suffisant de littératie en matière d'IA" de leur personnel — une formulation qui pouvait se lire comme une obligation de résultat.
Le règlement (UE) 2026/1744 réécrit ce texte : les entreprises doivent désormais "prendre des mesures pour favoriser le développement" de cette littératie IA. Le texte ajoute une précision qui change concrètement l'exposition juridique des entreprises : cette obligation "ne contraint pas les fournisseurs ou les déployeurs à garantir un niveau spécifique de maîtrise de l'IA par un individu".
La bascule concrète : avant le 27 juillet 2026, l'obligation pouvait se lire comme une obligation de résultat. Depuis le 27 juillet 2026, c'est une obligation de moyens explicitement confirmée par le texte, et aucune garantie de maîtrise individuelle n'est exigée.
Cette nuance ne dispense pas l'entreprise d'agir. Elle change la nature de la preuve à produire en cas de contrôle : ce n'est plus "vos salariés maîtrisent-ils l'IA à un niveau suffisant", mais "quelles mesures avez-vous mises en place pour développer cette maîtrise". Un plan de formation structuré, documenté et proportionné au risque reste la réponse la plus solide dans les deux lectures du texte — mais l'argumentaire commercial de la peur de l'amende individuelle perd sa base légale.
Le nouveau calendrier de l'AI Act après le règlement 2026/1744
Le Digital Omnibus ne touche pas qu'à l'article 4. Il redéfinit aussi les échéances de plusieurs obligations, avec des effets très différents selon la nature du système IA concerné.
Voici les points clés du nouveau calendrier :
Littératie IA (article 4) : en vigueur depuis février 2025, réécrit en obligation de moyens depuis le 27 juillet 2026 — inchangé dans son principe, mais l'exposition juridique est allégée.
Transparence utilisateurs (article 50 §1 — chatbots, contenus IA) : confirmé, applicable depuis le 2 août 2026, sans report.
Marquage des contenus générés (article 50 §2) : reporté du 2 août au 2 décembre 2026.
Systèmes à haut risque annexe III (recrutement, scoring candidats, crédit, assurance, services essentiels) : reporté du 2 août 2026 au 2 décembre 2027 — soit 16 mois supplémentaires.
Systèmes IA intégrés à des produits déjà réglementés (dispositifs médicaux, machines industrielles) : reporté du 2 août 2027 au 2 août 2028.
Deux lectures s'imposent à la sortie de ce calendrier. D'abord, la littératie IA (article 4) et la transparence de base (article 50 §1) restent des obligations actives depuis cet été — ce sont elles qui concentrent le risque de contrôle immédiat pour la quasi-totalité des PME et ETI qui utilisent Copilot, Gemini, Claude ou ChatGPT au quotidien. Ensuite, le report à décembre 2027 concerne des usages précis et à fort enjeu (tri de CV, scoring de candidats, évaluation de crédit) : une minorité d'entreprises est concernée directement, mais celles qui le sont gagnent 16 mois pour structurer leur documentation technique, sans que cela dispense de l'obligation de littératie sur ces mêmes systèmes.
Comment Focus AI recommande de procéder maintenant
1. Vérifier la source de votre information AI Act. Si votre plan de conformité, votre devis de formation ou votre charte d'usage a été rédigé avant fin juillet 2026, il cite probablement l'ancienne version de l'article 4 et un calendrier annexe III obsolète. Une relecture de 30 minutes suffit à identifier les passages à corriger.
2. Documenter les mesures prises, pas un niveau de compétence individuel. Le registre des usages IA, le programme de formation suivi par catégorie de collaborateurs et la charte d'usage signée restent les trois pièces attendues — mais elles doivent démontrer une démarche, pas un résultat mesuré individu par individu.
3. Prioriser l'article 50 avant l'annexe III. Les entreprises qui génèrent du contenu IA à destination du public (marketing, communication, service client) doivent traiter en priorité le marquage et la transparence, obligations non reportées ou reportées de quatre mois seulement. Le recrutement et le scoring, eux, disposent de 16 mois supplémentaires.
4. Ne pas transformer le report en pause. Le report à décembre 2027 porte sur les obligations documentaires les plus lourdes (traçabilité, supervision humaine formalisée, audits). Il ne change rien à l'obligation de former les équipes RH qui utilisent déjà ces systèmes de tri ou d'évaluation aujourd'hui.
5. Choisir un organisme qui suit le texte en continu. Sur un règlement modifié deux fois en cinq jours à l'été 2026, la valeur d'un partenaire de formation se mesure autant à la mise à jour de son contenu qu'à la qualité pédagogique de ses ateliers.
Cas concret : une ETI de services face à la transition réglementaire
Une ETI de conseil en gestion de patrimoine, environ 220 salariés, avait lancé en juin 2026 un plan de formation Copilot pour ses équipes conseillers, avec un argumentaire interne construit autour du risque de sanction "immédiate et automatique" au 2 août. Le service juridique a identifié fin juillet que cet argumentaire ne correspondait plus au texte réécrit par le Digital Omnibus, ce qui a fragilisé la crédibilité du projet auprès du comité de direction.
Le plan a été retravaillé en deux volets distincts : d'un côté, la formation à l'usage de Copilot pour la rédaction de synthèses clients, maintenue au même rythme mais recadrée autour de la qualité du conseil plutôt que de la peur de l'amende ; de l'autre, un volet spécifique sur les usages d'aide à la décision de crédit et d'évaluation de profils clients, requalifiés en systèmes à surveiller dans la perspective de décembre 2027. Résultat : le comité de direction a validé un budget de formation stable, sur un argumentaire réglementaire exact plutôt qu'anxiogène.
Les 4 erreurs à éviter face à ce nouveau calendrier
Continuer à communiquer en interne sur l'ancienne version de l'article 4. Un support de sensibilisation qui parle encore de "garantir un niveau suffisant" plutôt que de "mesures pour favoriser" expose l'entreprise à un argumentaire juridiquement daté, visible par n'importe quel service juridique ou auditeur.
Confondre le report de l'annexe III avec une suspension générale de l'AI Act. Le report ne concerne que les systèmes à haut risque listés à l'annexe III. L'article 4 et l'article 50 §1 restent pleinement applicables depuis cet été.
Sous-traiter la veille réglementaire à un prestataire qui ne l'a pas mise à jour. Plusieurs contenus publics sur l'AI Act n'intègrent toujours pas le règlement 2026/1744 deux mois après son entrée en vigueur. Vérifier la date de dernière mise à jour d'un guide avant de baser une décision dessus est devenu un réflexe nécessaire sur ce sujet.
Attendre décembre 2027 pour les usages RH à haut risque. Le report donne du temps pour la documentation technique lourde, pas pour commencer à réfléchir au sujet. Un outil de tri de CV déployé aujourd'hui sans aucune formation ni charte d'usage reste un point d'attention documenté.
Financer la mise à jour de votre plan de conformité
Cette réforme ne change rien aux dispositifs de financement mobilisables pour former vos équipes : l'OPCO de branche, le FNE-Formation et le CPF restent les trois leviers principaux, avec des taux de prise en charge qui peuvent atteindre 100% des coûts pédagogiques pour les entreprises de moins de 50 salariés. Notre guide sectoriel des financements OPCO pour la formation IA détaille les forfaits par branche, et notre article sur comment financer la mise en conformité AI Act via l'OPCO et le FNE reste à jour sur les modalités pratiques de dépôt de dossier.
Pour les entreprises qui doivent aussi formaliser leur gouvernance IA au-delà de la seule formation, notre article sur la gouvernance des agents IA en PME détaille la construction d'une charte d'usage cohérente avec les exigences documentaires de l'article 4.
FAQ — Questions fréquentes
Le Digital Omnibus supprime-t-il l'obligation de former ses équipes à l'IA ? Non. L'article 4 de l'AI Act reste en vigueur et continue d'imposer des mesures pour développer la littératie IA du personnel. Le règlement 2026/1744 change la formulation — obligation de moyens plutôt que de résultat — mais ne supprime pas l'obligation de documenter une démarche de formation.
Qu'est-ce que le règlement (UE) 2026/1744 exactement ? C'est le texte dit "Digital Omnibus sur l'IA", publié au Journal officiel de l'Union européenne le 24 juillet 2026 et entré en vigueur le 27 juillet 2026. Il modifie plusieurs articles de l'AI Act, dont l'article 4 sur la littératie IA, et reporte le calendrier d'application de certaines obligations liées aux systèmes à haut risque.
Les sanctions prévues depuis le 2 août 2026 s'appliquent-elles toujours ? Oui, pour les obligations non reportées — notamment l'article 4 sur la littératie IA et l'article 50 §1 sur la transparence utilisateurs. Le montant exact des plafonds applicables aux PME mérite d'être vérifié au texte consolidé, mais le principe de sanction reste actif depuis cet été.
Quelles obligations ont été reportées à décembre 2027 ? Les obligations techniques lourdes (documentation, traçabilité, supervision humaine formalisée) applicables aux systèmes IA à haut risque de l'annexe III — notamment le tri et le scoring de candidats en recrutement, l'évaluation de crédit, l'assurance et l'accès aux services essentiels. Le report ne dispense pas de l'obligation générale de littératie IA sur ces mêmes systèmes.
Mon entreprise doit-elle refaire sa charte d'usage IA à cause du Digital Omnibus ? Pas nécessairement la réécrire entièrement, mais il est recommandé de vérifier qu'elle ne présente pas l'obligation de formation comme une garantie de résultat individuel, et de s'assurer qu'elle reste cohérente avec le texte réécrit de l'article 4.
Le marquage des contenus générés par IA est-il obligatoire depuis août 2026 ? Le marquage prévu par l'article 50 §2 a été reporté au 2 décembre 2026 par le règlement 2026/1744. En revanche, l'obligation d'information des utilisateurs face à un système d'IA générative (article 50 §1, chatbots notamment) est bien applicable depuis le 2 août 2026, sans report.
Comment savoir si mon plan de formation IA est encore à jour au regard du Digital Omnibus ? Le point de contrôle le plus rapide consiste à vérifier que vos supports internes ne citent plus l'ancienne formulation de l'article 4 ("garantir un niveau suffisant") et qu'ils intègrent le nouveau calendrier annexe III. Un audit de conformité rapide avec un organisme certifié Qualiopi permet de sécuriser ce point en quelques jours.
Vous voulez sécuriser votre plan de conformité AI Act sur la base du texte réellement en vigueur ? Réservez 30 minutes avec un expert Focus AI pour faire le point sur votre exposition et le financement possible de la mise à jour de vos formations.


